Myanmar – Le billet « culturel »

C’est peu dire qu’il existe un gouffre entre notre vie d’occidentaux et la vie des habitants du Myanmar. Voici quelques domaines sur lesquels nous avons eu des surprises. Bonnes ou mauvaises.

T’AS LE LOOK, COCO !

Ce qui frappe en premier quand on arrive à l’aéroport de Yangon, c’est que tous les hommes portent le longyi, une sorte de jupe nouée autour de la taille. C’est assez particulier parce que je n’ai pas en tête un autre pays où les hommes (au sens « mâles ») ont une tenue « typique ». En tout cas, même chez les jeunes, la tradition perdure. Et, même en ville.

Chez les femmes, c’est simplement au cours des treks en passant dans les villages shan ou d’autres tribus que nous avons pu observer des tenues typiques. Sinon, elles ont aussi de longues jupes (et c’est surtout moins surprenant que pour les hommes).

Volontaires entre Hsipaw et PankamAutre point notable, les birmans et notamment les femmes se mettent une sorte de crème jaunâtre sur le visage, ce qui donne un « certain style ». Il s’agit de thanaka, un bâton de bois qui, une fois pilé, donne une sorte de pâte hydratante. Officiellement, il s’agit d’une protection contre les rayons du soleil – une sorte de crème solaire qui ne pénètrerait pas la peau – mais, en réalité, c’est également une sorte de maquillage.

Sinon, a priori, pas de Miss Monde ou Mister Monde originaire du Myanmar à prévoir pour les prochaines années.

QU’EST-CE QU’ON MANGE CE SOIR ?

On ne va pas se voiler la face : on n’a pas tenté de grosses folies culinaires pendant ces vacances, de peur d’être malades. Il faut dire que les multiples étals dans la rue ne donnaient pas forcément envie. Du coup, pas mal de riz sauté, de nouilles sautées et de curry dont nous avons rapidement eu marre. Et, ce ne sont pas les quelques restos népalais ou indiens qui ont permis de bouleverser cette triste habitude du riz.

Le plat typique au Myanmar est, en réalité, le curry (pas l’épice de couleur jaune). Il s’agit d’un petit plat de morceaux de viande en sauce – poulet, porc, bœuf – accompagné de nombreux petites assiettes de sauces et légumes plus ou moins épicés et servi avec du riz à volonté (encore…).

Restaurant Mann Sabai Myanmar Food à Nyaung UAutre grand malheur pour les amateurs de chocolat/friandise/sucré (dont je ne fais pas partie…) : pas grand’ chose à se mettre sous la dent. On notera à la limite les cakes emballés dans des sachets plastiques et qui sont plutôt une réussite. Nous avons aussi mangé plusieurs desserts à base de sésame en trek (cookies, sorte de nougatine) et c’était plutôt bon. Sinon, le néant… Pas l’ombre d’un carré de chocolat. Pas de Schoko-Bons.

Côté boissons, la boisson nationale est le thé qu’on trouve en libre-service sur presque toutes les tables des restaurants et qui est offert un peu partout dans le pays.

Je passe rapidement sur le chapitre café qui est malheureusement quasi-inexistant (snif) et qui n’existe que sous forme de dosettes 3 en 1 : café + sucre + lait. Formidable…
Il y a aussi de la bière locale, vraiment pas forte en goût. Mais, surtout de bons jus de fruits frais (citron, orange, banane, pastèque,…). D’ailleurs, les fruits sont globalement très bons. Sinon, Coca-Cola est sûrement la marque occidentale la mieux implantée dans le pays puisqu’on trouve du coca et du Sprite partout.

Enfin, et c’est sûrement le plus notable, les habitants du Myanmar ont pour habitude de mâcher de la noix de bétel. Jusque-là, rien de grave sauf que cette noix est de couleur rouge et tâche les dents… Résultat : une bonne partie de la population a un petit look de Dracula aux dents défoncées. Ça fait un joli sourire… Et, ça fait surtout plein de tâches rouges dans les rues puisque la salive rougie par la noix se recrache à intervalles réguliers. Pas essayé évidemment, je préfère garder les dents jaunes !

Noix de betelLES GENS

C’est, à coup sûr, le côté le plus agréable du pays et, c’est triste à dire, mais c’est probablement en partie lié au régime répressif et au fait que le tourisme n’est pas encore trop développé.
Bref, le birman est très sympa ! Ou, plutôt, l’habitant du Myanmar est très sympa, puisque les birmans ne constituent qu’une des nombreuses ethnies – c’est l’ethnie majoritaire avec près de 70% de la population – du Myanmar. Donc, les gens, et surtout les enfants, nous font coucou tout le temps, on a droit à de grands sourires à longueur de journée et on vient régulièrement nous parler pour nous proposer de l’aide ou simplement pour pratiquer un peu d’anglais. C’est assez hallucinant de voir des personnes d’une telle gentillesse gratuitement. Bon, on n’est pas non plus au pays des Bisounours et, sur les lieux touristiques, les vendeurs sont parfois un peu insistants mais sans être complètement lourds.

L’autre point positif concernant la population, c’est qu’on se sent vraiment en sécurité dans ce pays et on n’a pas peur de se faire « agresser » ou voler des affaires. Il faut dire que le Myanmar est à 90% bouddhiste et que la religion bouddhiste a notamment pour précepte fondamental de ne pas tuer (ouf !), ne pas voler et ne pas mentir. Finalement, c’est comme dans toutes les religions sauf qu’ici, ils sont très pratiquants (prières et offrandes quotidiennes) et très respectueux des lois du Bouddha. Pourtant, la population est extrêmement pauvre et de nombreuses personnes dorment dans la rue ou dans des maisons de fortune en bambou, ce qui rend leurs saluts et gestes amicaux envers nous encore plus touchants.

Moines à PankamEnfin, on nous avait dit que la communication était un peu compliquée au Myanmar et c’est vrai qu’une majorité de gens ne parle pas anglais, surtout dans les villages ou petites villes. Dans les lieux touristiques, les gens parlent généralement quelques mots d’anglais ce qui est suffisant (en ajoutant quelques gestes) pour les conversations de base. Les quelques personnes avec qui nous avons pu échanger plus longuement sont, en tout cas, pleines d’espoir pour l’avenir et nous ont incité à éviter de donner de l’argent au gouvernement mais plutôt aux habitants directement (ce que nous avons taché de faire). Aung San Suu Kyi est réellement populaire et son portrait s’affiche dans de nombreuses maisons.

SE DÉPLACER, C’EST COMPLIQUE

Pour ce qui est des déplacements « touristiques », pas vraiment de souci, tout est plutôt bien organisé et il est facile de réserver des billets de bateau, bus ou avion. Par contre, pas de système électronique donc, ça se fait « à l’ancienne » en passant des coups de fil pour réserver des places ou avec des bouts de papier écrits à la main. Et, il faut dire que ça fonctionne très bien.

Le plus drôle est quand même l’aéroport pour les vols intérieurs : pas de panneaux électroniques donc, au moment de l’enregistrement (enfin, au moment où on présente son billet manuscrit!), on nous colle un joli autocollant de couleur sur le cœur. Cet autocollant est unique à chaque vol des heures à venir. Du coup, au moment où il faut embarquer, un petit monsieur passe dans les allées avec un panneau de 60×40 cm avec le nom de la compagnie et le numéro de vol écrit à la main. Et, il cherche les gens qui ont l’autocollant correspondant à ce vol !

Vols intérieurs au MyanmarAu niveau des transports urbains, c’est beaucoup moins facile pour nous, pauvres occidentaux ne parlant pas la langue du Myanmar (et ne pouvant lire les caractères birmans). A priori, le système de « bus » est constitué de pick-up bondés (il y a des gens debout sur le marche-pied!) qui n’ont aucun panneau ou numéro. Impossible à utiliser pour nous, donc. Le trafic en ville est loin d’être saturé mais il n’en reste pas moins chaotique. D’après ce qu’on nous a dit, les voitures coûtent extrêmement cher et ce, même si les Toyota Corolla et autres voitures du même type devaient être à la pointe de la technologie dans les années 70 chez nous… Du coup, le moyen de déplacement le plus utilisé est la moto, loin devant le vélo puis la voiture. Le problème étant que le feu tricolore existe peu voire pas du tout dans la plupart des villes !

Prenons l’exemple de Mandalay, deuxième ville du pays avec plus d’un million d’habitants et qui a un plan quadrillé avec des rues numérotées (comme New York, en fait!). Pas de feu, donc, chaque croisement devient une sorte de zone de non-droit où chacun tente de s’imposer en répondant à une tacite loi du plus fort (voiture > moto > vélo > piéton) et les carrefours sont encombrés des motos qui attendent au milieu en attendant de pouvoir traverser la deuxième voie de circulation. Yangon fait office d’exception puisque les motos y sont interdites, ce qui en fait une ville, en apparence, beaucoup plus tranquille sur le plan de la circulation.

Malgré tout, on se sent plutôt en sécurité dans les taxis car ils ne roulent pas spécialement vite puisqu’une moto, un vélo ou… une vache peut débouler à tout moment. Et puis, le klaxon joue parfaitement son rôle d’avertisseur sonore puisqu’il est utilisé sans limites pour annoncer qu’on dépasse ou qu’on arrive à un croisement.

LE POINT EUROCARD/MASTERCARD (pour tout le reste…)

Avoir une partie qui ne s’appelle pas « Divers » ou « Autres points », ça n’a pas de prix…

Sport : pas vraiment de sport pratiqué ici, les préoccupations sont certainement ailleurs… Citons néanmoins ce sport étonnant qui se joue à 6 avec un ballon creux en bambou tressé, de la taille d’un gros ballon de hand. Les joueurs disposés en cercle doivent se passer le ballon en utilisant toutes les parties du corps sauf les mains. Une sorte de jeu de jonglage en équipe. C’est le seul sport que l’on a vu pratiquer à plusieurs reprises. Sinon, ils sont fous de foot anglais et sont supporters des grands clubs anglais (+ quelques grands club européens). Et, c’est certainement le pays avec les pires contrefaçons de maillots de foot (maillot de marque Abiads… Ou Pirello comme sponsor de l’Inter…)

Argent : ça s’annonçait comme un sujet délicat et finalement, ce n’est pas très compliqué. Il n’y a aucun DAB donc il faut venir au Myanmar avec tout l’argent liquide nécessaire en dollars neufs… Pas pratique sur le papier mais, comme on avait prévu large, aucun souci, d’autant qu’on peut changer en kyats, la monnaie locale, un peu partout. Les kyats, en revanche, peuvent être dans un état déplorable, ça n’a pas d’importance…

Internet : La vitesse des connexions est souvent celle qu’on avait quand on utilisait des modems qui faisaient des bruits aigus et qui empêchaient de téléphoner en même temps… Et puis, parfois, pas de connexion du tout, sans raison. D’autres fois, au contraire, on tombe sur un wifi hyper rapide. Bref, ça devrait évoluer rapidement dans les années à venir.

Animaux : petite déception pour nous les « amis des animaux ». À part les serpents, rien de notable au Myanmar. Aucun pingouin à signaler. Et, malheureusement, comme dans beaucoup de pays, beaucoup de chiens et chats abandonnés et en mauvaise santé.

LES NOTES (sur 10)

Yangon (5) : comme toutes les capitales, on n’attendait pas grand’chose de sa part donc on n’a pas été spécialement déçus. La superbe Paya Shwedagon lui permet d’obtenir la moyenne.

Trek Kalaw-Inlé (7,5) : la première bonne surprise avec de beaux paysages en fin de premier jour et le deuxième jour. Belle expérience avec la population locale dans les villages et super cuistot ! A un peu faibli sur la fin avec beaucoup de route le dernier jour.

Lac Inlé (6,5) : les paysages de maisons sur pilotis et la vie du lac mériteraient plus… Mais, c’est un peu trop touristique, ce qui ternit l’impression générale.

Mandalay (3) : trop grand, trop bruyant, trop de poussière… Une prestation en-deçà mais une jolie colline quand même.

Sagaing (5) – Inwa (1) – Amarapura (7) : ces trois-là sont indissociables car ils se visitent sur la même journée. Sagaing réalise une bonne entrée en matière avec de jolis panoramas. Remplacé par Inwa à la mi-journée qui déçoit terriblement avec ses sites dont le billet d’entrée va dans les poches du gouvernement. Amarapura rentre pour le crépuscule et réalise une performance inattendue étant donnée la réputation moyenne de son pont U Bein : jolies vues sur le lac et beau coucher de soleil sur le pont.

Trek Hsipaw (5,5) : on attendait un peu plus d’authenticité de sa part, donc, on reste sur sa faim puisque le trek est vraiment organisé pour les touristes. Beaux paysages, mais, franchement, il faudrait trouver une boucle pour éviter de faire le chemin du premier jour en sens inverse et d’autres familles pour accueillir les visiteurs.

Bagan (8) : la confirmation. On l’attendait comme le clou du voyage et il a répondu présent avec ses milliers de temples et ses superbes levers et couchers de soleil. Une prestation un peu ternie par les touristes et les vendeurs un peu pénibles. Bon match.

Ngapali (7) : « money player » rentré en toute fin de voyage pour finir en apothéose. Superbe plage et très peu de monde, c’est ce qu’on attendait de lui. Aurait mérité un peu de temps de jeu supplémentaire (1,5 jour, c’est court)

Les habitants (9) : ce sont eux qui ont assuré la continuité de ces trois semaines et, justement, on peut dire qu’ils ont assuré ! Sourires, discussions, propositions d’aide, ils ont multiplié les marques de gentillesse. Et, pendant que j’écris ces lignes à l’aéroport de Yangon, voyant que je patiente depuis deux minutes, un client du café se lève pour m’aider à commander un sandwich. Un grand bravo

LES TITRES DE BILLETS AUXQUELS VOUS AVEZ ÉCHAPPÉ

Je danse le Myanmar
Mandalay l’OM
Hsipaw lata
Quand Myanmar, y’a Malabar
Ngapali, on est babas !

NB : Ceci n’est que le récit subjectif, basé sur des observations et ressentis de 3 semaines de vacances et n’a pas vocation à édicter une quelconque vérité :-)

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